Le 19 septembre en marge d’une manifestation, Alexandre un jeune homme bisexuel accuse des policiers de l’avoir identifié et violé avec une matraque. Il a déposé plainte et l’IGPN s’est saisi de l’affaire.

Par Andrei Olariu

Alexandre a mis plusieurs semaines pour réussir à porter plainte. La crainte de rentrer dans un commissariat et d’affronter le regard des officiers de Police était trop forte.

C’est finalement le 5 octobre qu’il trouvera le courage d’aller confier son histoire à l’IGPN, la Police des Polices. Le jeune homme, bisexuel, reviendra sur la journée du 19 septembre. Il racontera en détail comment cinq à six policiers l’ont roué de coups, avant de baisser son short de plage et d’enfoncer une matraque dans son anus.

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Contacté par TÊTU, qui ont également pu consulter une copie de la plainte, le parquet confirme qu’une enquête a été ouverte et confiée à l’IGPN pour violences et viol par personnes dépositaires de l’autorité publique.

UNE ARRESTATION QUI TOURNE AU VIOL

C’était le 19 septembre durant une manifestation du mouvement « Extinction rébellion », qui prône la désobéissance civile non violente. Il était aux alentours de 22 heures rue d’Anjou dans le VIIIe arrondissement de Paris. Selon le témoignage d’Alexandre, cinq à six motards en tenue de policiers débarquent, sortent des matraques et se mettent à charger les militants. Ses amis réussissent à s’échapper, mais pas lui. « Je pensais qu’ils allaient m’arrêter, me retenir quelques heures au commissariat avant de me relâcher, mais rien ne s’est passé comme ça« , raconte-t-il à nos confrères de TÊTU.

« S’ils avaient quelque chose à me reprocher, ils auraient dû m’emmener au commissariat« 

Alexandre, qui est professeur au collège, explique avoir reçu un premier coup de matraque, puis deux à trois secondes où rien ne se passe avant un second coup de matraque.  « Assez rapidement, je suis tombé par terre, ils se sont tous mis sur moi et m’ont alors frappé au niveau des côtes puis dans le bas du dos. Alors que j’étais à terre, l’un d’eux a baissé mon short de bain et m’a mis un coup de tonfa (matraque, ndlr) dans le cul. J’ai essayé de me recroqueviller, mais un policier a mis son pied sur l’omoplate pour me maintenir allongé à plat ventre. Il s’y est pris à deux ou trois reprises pour réussir à rentrer, puis un coup qui est entré dans l’anus sur plusieurs centimètres. Pendant ce temps, les autres m’envoyaient des insultes du genre ‘ça va te plaire petit pédé' », détaille-t-il. La scène dure environ quatre minutes, selon le jeune homme de 23 ans.

DES FAITS INNACEPTABLES

Alexandre précise avoir immédiatement  identifié l’un de ses agresseurs, qui serait, selon lui, le commissaire qui l’a arrêté dans une Manifestation des Gilets jaunes le 12 septembre. Ce policier aurait également lancé à ses camarades « vous me les chopez » puis « je le connais ce petit con » après les premiers coups de matraque. 

Témoignage après mon agression par des policiers. Maman, n'écoute pas cette vidéo. Retiens juste ce que je t'ai dit au téléphone.

Gepostet von Alexandre Georges am Sonntag, 20. September 2020

« Ils sont repartis, ce que je ne comprends pas. S’ils avaient quelque chose à me reprocher, ils auraient dû m’emmener au commissariat« , se dit-il. Alors, il prend le RER jusqu’à Cachan où il retrouve ses camarades. Devant l’état du jeune, ses amis appellent les secours et Alexandre est emmené à l’hôpital du Kremlin-Bicêtre où les médecins constatent les blessures. Le certificat médical, que TÊTU a pu se procurer, fait état de deux jours d’ITT, des traces de contusion sans lésions externes sont également constatées, ainsi que l’éclat d’un kyste qu’il avait dans le dos. Le soir de son agression, il aurait fait une tentative de suicide, pendant que son copain dormait. Dès le lendemain, Alexandre veut rentrer chez lui, à Marseille. 

Arrivé à la maison, il fait un live sur Facebook, rapidement relayée par les réseaux de Gilets jaunes et d’Extinction rébellion. « Je voulais qu’on présente le mouvement comme quelque chose de fort, déterminé à faire tomber le système plutôt que comme des victimes« , explique-t-il. La vidéo est rapidement virale. 

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