C’est notre coup de cœur livre du moment : Tomboy, par Maxence Celerier Battistella (aux Éditions du Net). Ce récit d’un artiste multifacette à la sensibilité littéraire et rock est une petite pépite de style. Ce texte élégant et observateur met en mots le sentiment, finalement universel, qui consiste à se sentir parfois (ou souvent) profondément en marge du reste du monde… tout en y évoluant au quotidien. 

Propos recueillis par Fred Lafeuille

Un jour, il y a longtemps, après avoir récité une leçon de science à sa mère, Tomy lui a demandé comment il fallait s’y prendre pour faire arrêter la Terre de tourner”, lit-on au début du livre. “La mère a marqué un temps de silence et elle lui a demandé pourquoi. Ce jour-là, Tomy avait six ans et il a dit : ‘Si vous pouviez arrêter le monde, je voudrais descendre’.”

Un auteur qui met les mots en scène…

Né en 1987, Maxence Celerier Battistella s’épanouit sur les scènes de théâtre et dans l’écriture. Il n’en est d’ailleurs pas à son premier ouvrage et a déjà publié Dans l’éclatement d’une valse de Chopin, en 2008, L’évangile selon saint moi, en 2010, Bobby Sands, en 2012, et Les jambes écartées, en 2013. Trois textes que Maxence a adaptés au théâtre… dont un présenté au Festival d’Avignon en 2011. 

Ce livre intime et touchant, où les phrases se font chorégraphie, est parsemé de clins d’œil à Duras et à la musique si importante pour son auteur. Nous lui avons posé quelques questions…

Salut Maxence. Comment te sens-tu maintenant que tu as lâché ce nouveau livre dans la nature ?

Entre soulagement et perte de contrôle. C’est comparable à l’accouchement. Mais ça va je passe à la suite !

Pourquoi ce livre aujourd’hui ? Comment l’as-tu construit ?

J’ai mis du temps à cerner l’histoire. C’était un personnage qui était avec moi depuis longtemps. La construction du livre, elle, se fait par étape. C’est un travail. Ça ne vient pas tout seul. Il y a un très long temps d’écriture. Et il y a un très long temps de relecture. C’est à devenir fou certains jours. Les livres, ça vient avec les divorces, les voyages et les concerts. C’est ma came à moi. 

Coup de cœur livre : “Tomboy”, par Maxence Celerier Battistella, un auteur aux multiples facettes…

Si tu devais résumer ce livre en une phrase…

C’est l’histoire d’un garçon fragile dans un monde brutal qui va aller cogner son corps à l’épreuve d’autres garçons. 

Mais au fait, qui est Tomboy ?

J’ai vraiment rencontré Tomboy. Mais il est multiple. Il a été plusieurs personnes autour de moi, des inconnus, des amants. Des vivants et des morts. 

Tomboy explique que lorsqu’il était petit, il voulait que la terre s’arrête de tourner pour en descendre. Comment vit-il aujourd’hui sans pouvoir être descendu ?

Aujourd’hui Tomboy est quarantenaire. Je crois qu’il vieillit ailleurs. Là-haut certainement.

Penses-tu que Tomboy se sentirait plus “inclus dans le monde” s’il naissait aujourd’hui ?

Clairement non. Aujourd’hui n’est pas mieux qu’hier. C’est le maquillage sur aujourd’hui qui le rend mieux qu’hier. On aime se faire croire à de grands élans d’humanité. Le fond reste le même.

Quelles sont tes références, tes inspirations ?

Marguerite Duras ! Lire ses livres à changer ma vie tout entière. Je crois que cela relève du viol. Je sais que ce que je dis peut paraître violent, mais rien d’autre n’existe parfois qu’elle. J’écoute de la musique très souvent. Je crois qu’il n’y a pas un jour sans musique. J’aime le rock. Quand il sent la sueur et le sang. 

J’aime Jean-Sébastien Bach, Chopin et j’aime les mecs de 20 ans qui font du rap. Je crois qu’en fait, je n’arrive pas vraiment à trouver les limites à ce que je peux aimer. En ce moment j’écoute un groupe qui s’appelle Fishbach. Je crois que c’est ce qu’on a fait de mieux depuis longtemps. Sinon j’aime ce qui est noir en extérieur et lumineux dedans. The Cure, Kubrick, Warhol…

Si tu devais choisir une seule chanson pour l’écouter en boucle en exil sur une île déserte… ou pour devenir le générique de fin du film Tomboy ?

Kimono dans l’ambulance du groupe Indochine.

Que ressent-on lorsqu’on met le point final à son livre ?

Le vide le plus total. C’est être nu en place publique. 

Tu es aussi artiste plasticien, musicien, acteur, metteur en scène et vidéaste/cinéaste. C’est quoi ton médium préféré ? Tu as d’autres projets sur le feu en ce moment ?

Si je m’écoutais, je ferais de la sérigraphie et je terminerai d’écrire le livre que j’ai commencé sur une partie de la vie de Marguerite Duras. J’aurais aussi envie d’écrire un livre pour les enfants basé sur des chansons du groupe The Cure. Et éventuellement une correspondance imaginaire avec quelqu’un que j’ai bien connu. J’évite tout de même d’avoir 200 projets à la fois. Je me méfie des gens qui ont tant de projets et qui touchent à trop de techniques. Je me concentre sur ce que je sais faire. Écrire en priorité, le reste c’est du détail. 

Tomboy, par Maxence Celerier Battistella (aux Éditions du Net) / En vente sur Amazon et à la FNAC

 

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