C’est donc Journée Mondiale de Lutte contre l’Homophobie. Une bonne occasion de rappeler qu’il y a encore un sacré bout de chemin à parcourir ! Certes, les avancées sociétales se font peu à peu. Mais, comme le souligne un rapport de l’Agence des droits fondamentaux de l’Union européenne, la situation reste encore très préoccupante. 

Par Fred Lafeuille

Il serait vraiment naïf de penser que la météo est au beau fixe pour les LGBT+ européens. Car oui, nombre d’entre nous en bavent et sont confrontés à des discriminations et/ou des violences ! L’Agence des droits fondamentaux de l’Union européenne (FRA) a d’ailleurs mené une vaste enquête sur l’homophobie, et c’est édifiant.

Pour ce faire, la FRA a interrogé pas moins de 140.000 personnes à travers l’Union européenne, le Royaume-Uni, la Serbie et la Macédoine du Nord. Une étude qu’il faut réellement prendre en considération, puisque c’est la seule à intégrer les mineurs et les personnes intersexes.

“DANS L’ENSEMBLE, LES PROGRÈS RESTENT TROP RARES, LAISSANT DE NOMBREUSES PERSONNES VULNÉRABLES”

Trop de personnes LGBT+ continuent de vivre dans l’ombre, craignant d’être ridiculisées, discriminées, voire attaquées. Certes, certains pays ont amélioré l’égalité de traitement envers les personnes LGBT+, mais les conclusions de notre enquête montrent que, dans l’ensemble, les progrès réels restent trop rares, laissant de nombreuses personnes vulnérables”, affirme ainsi dans un communiqué Michael O’Flaherty, directeur de la FRA.

Dans de nombreux pays de l’UE, le droit nous donne désormais accès au mariage et à l’adoption. Ce qui est la moindre des choses, non ? Cependant, il est très perturbant d’apprendre que six personnes LGBT+ sur dix ont peur de tenir la main de leur partenaire en public. De plus, près d’un sondé sur trois se sent discriminé dans sa vie sociale, au resto, dans un bar ou simplement lorsqu’il rencontre d’autres personnes. 

20% DES TRANSGENRES ET INTERSEXUÉS ONT DÉJÀ SUBI UNE AGRESSION

La discrimination est également omniprésente au travail, lors de la recherche d’un logement, ou encore auprès des professionnels de la santé. Les transsexuels et transgenres sont hautement touchés. Ils sont 60% à s’être sentis discriminés en 2019, contre 43 % en 2012. Le harcèlement et les agressions sont malheureusement toujours d’actualité. En effet, 40% des participants à l’enquête de la FRA affirment avoir été harcelés en 2019, tandis que 20% des transgenres et intersexués estiment avoir subi une agression physique ou sexuelle.

En Europe, 47% des personnes LGBT ont été victimes de discriminations au cours des douze derniers mois. Un taux qui s’élève à 55% chez les femmes lesbiennes. Des chiffres qui sont très certainement sous-estimés. En effet, elles sont encore très rares à faire les démarches administratives et judiciaires pour dénoncer ce type de violences. La crainte d’être “outé” et le culte du “il faut faire avec” sont effectivement toujours trop forts.  

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À l’école, 90% des sondés disent avoir été témoins ou victimes de commentaires négatifs quand une personne est perçue comme LGBT+. Par conséquent, 67 % d’entre eux affirment avoir caché leur sexualité durant leur scolarité, histoire d’avoir un peu la paix.

Dans ce rapport de la FRA, les LGBT+ parlent aussi de leurs agressions, de leurs craintes ou des actes de violence auxquels elles/ils ont dû faire face. Pas moins de 11% des Européens LGBT+ ont vécu des violences ces douze derniers mois. Et en France, se demande-t-on ? Ils sont 14%. Ce qui place notre petite nation juste derrière la Pologne ou la Roumanie (15%). Ce chiffre est encore plus haut pour les personnes trans ou intersexes : 22 %.

PÉNALISER DAVANTAGE ET ACCOMPAGNER LES VICTIMES POUR LES AIDER À PORTER PLAINTE

Pondérons tout de même un peu ces résultat en précisant que les LGBT+ « s’affichent » beaucoup moins en Pologne et en Roumanie qu’en France. De fait, ils s’exposent beaucoup moins à l’homophobie. En outre, ils ont bien moins de facilités à signaler les violences subies ou à porter plainte, les autorités locales étant souvent hostiles à la communauté. 

En plus des conséquences psychologiques désastreuses qu’elles engendrent, ces discriminations favorisent un repli sur soi social. Mais aussi une véritable précarité économique. Une personne sur trois sur l’ensemble des LGBT+, et plus particulièrement 50% des personnes intersexes et trans, déclarent ainsi avoir des difficultés à subvenir à leurs besoins. 

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La FRA invite donc l’UE et ses États membres à mettre en place des mesures concrètes. Sur le plan juridique, l’organisme européen recommande de pénaliser davantage les crimes de haine liés à l’orientation sexuelle. Mais aussi de former les forces de l’ordre à recevoir la parole des victimes et à mieux les accompagner pour les aider à porter plainte sans crainte. 

QUELQUES DONNÉES SONT CEPENDANT ENCOURAGEANTES…

Au niveau scolaire, les autorités doivent favoriser un environnement sain sans stéréotypes, selon l’Agence, qui demande que des recommandations officielles et claires soient émises. Enfin, pour mieux lutter contre les discriminations, la FRA recquiert l’adoption de “la directive sur l’égalité de traitement afin d’étendre la protection contre la discrimination au-delà de l’emploi”. 

Et puisqu’il faut toujours regarder le verre à moitié plein plutôt qu’à moitié vide, saluons tout de même quelques avancées notoires. Le rapport de la FRA met ainsi en avant quelques données très encourageantes. Un exemple : 52% des sondés de plus de 18 ans disent se sentir plus libres de parler de leur identité ou de leur orientation sexuelle. Ils étaient 36 % sept ans auparavant. Autre exemple : sans le milieu scolaire, un élève LGBT+ sur deux affirme qu’un camarade ou qu’un membre du corps enseignant a ouvertement soutenu sa communauté. 

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Alors, très chers lecteurs, continuons notre lutte contre l’homophobie. Sans relâche. Soyons courageux ! Et un peu patients, même si nous devons exiger plus de rapidité et de réactivité de la part des autorités. N’hésitons surtout jamais à dénoncer les actes homophobes. Et n’hésitons pas plus à demander de l’aide. Les avancées se font. Peu à peu. Elles se font ensemble. Parce que tout n’est, et ne doit être qu’amour en ce bas monde.

 

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