Être ou ne pas être ? Linn ne se pose pas une seule seconde la question ! Rappeuse, modèle, fashion-icon, reine des réseaux sociaux, homme-femme, femme-homme ou simplement l’un des plus de 7,5 milliards de genres qui existent sur terre ?

Par Fred Lafeuille

“Bixa”, en portugais, ce serait donc un peu l’équivalent de “tapette”, “tafiole” ou “pédale”. Vous voyez le genre ! Des mots doux qu’on a tous entendus au moins une fois dans nos vies. Surtout si vous avez plus de quarante balais et que vous souvenez d’un temps (que les moins de vingt ans, patati patata…) où l’homophobie était la norme et où les époux Michu auraient été prêts à vous faire pendre pour cause de “pédérastie contre nature”. 

Se réapproprier le vocabulaire

Pourquoi parler de ces années-là, pas si lointaines ? Parce que la démarche de Linn Da Quebrada, la Bixa Trevesty, est un peu la même que lorsque les premiers homos se sont mis à marcher lors des premières Gay Prides. Les mots doux susmentionnés, ces homos les lançaient à la figure des passants. Pour mieux les mettre en face de l’horreur du quotidien qu’ils subissaient alors, bien avant que des lois soient dessinées contre les discriminations. Comme pour se réapproprier ces mots. Pour les vider de leur sens. 

Dans le documentaire qui lui a été consacré par Claudia Priscilla et Kiko Goifman, on voit Linn Da Quebrada sur scène, et certains se sentiront un peu (très ?) mal à l’aise. Parce que, le vocabulaire de l’insulte contre les homos, les lesbiennes et les trans, Linn se les approprie et les lance à son public dans des paroles de chanson – aussi trash que parfaitement justes –, le plus souvent dédiées à ce satané homme blanc hétéro macho à la noix !     

Une guerre contre le macho

Cet homme blanc hétéro macho – parfaitement incarné par le nouveau Président du Brésil, le pays de Linn, le dénommé Jair Bolsonaro, une espèce de Trump “muito” populiste made in Sud America, ultra religieux, anti-écolo et pas très futé –, Linn Da Quebrada lui a ouvertement déclaré la guerre. Une guerre des mots mis en musique. Une guerre qu’elle mène armée de son corps, de son être, de sa capacité à dégager une force incroyable de cette singularité qui est la sienne. Une guerre pour laquelle la provoc’ est la meilleure des armes. Et, vous savez quoi ? La Bixa Travesty fera tout pour la gagner, cette guerre dans laquelle la violence des armes est remplacée par celle des strophes scandées  !

Dans cette bataille pour la tolérance et l’acceptation, Linn veut y entraîner le plus de monde possible, tous ceux qui, comme elle, sont prêts à se battre contre cet homme blanc hétéro macho. Et au vu du succès que la musique de la Brésilienne rencontre, il y a du monde prêt à l’épauler dans sa si fantastique épopée, la “bixa” ! 

« Je suis un terroriste du genre »

Le magnifique documentaire qui lui est consacré débute et se termine avec un plan fixe sur elle. Linn lance : “Je vais m’entarlouzer ! Mâle dominant, tu ne peux plus fuir. Mon placard, je l’ai défoncé. Maintenant, je vais te détruire !” Car, Linn l’affirme volontiers : “je suis un terroriste du genre !”. On sent dans ce film que Linn porte un amour incommensurable à sa mère, une nounou à tout faire noire qui travaille chez des blancs – au Brésil, les blancs sont bien souvent encore les riches et les puissants quand les noirs sont les pauvres à leur service. Linn mène aussi son combat pour ces noirs et leur condition. Et pour les femmes. Car, elle est sans aucun doute la féministe la plus convaincue.

Explorer La puissance du corps

Elle se bat aussi contre les codes. “C’est l’homme macho qui a défini ce à quoi doit ressembler une femme ! C’est lui qui en fait un objet, lui demande d’être à la fois belle et une bonne mère. Eh bien moi, j’ai une bite de femme !”, nous affirme-t-elle.  Pour Linn, le corps est à la fois un vaisseau, un temple et une “source de puissance”, “un territoire à fouiller, comme le ferait un archéologue, pour y repérer les fissures et y détecter les tremblements de terre”. 

Ce corps, il lui a joué quelques surprises. Il y a quelques années, Linn a été atteinte d’un cancer. Dans sa petite chambre d’hôpital, elle s’est mise à prendre des tas de photos et à tourner des vidéos sans aucun tabou.

« Pour eux je ne suis qu’une tapette travestie »

Ce corps, qui était en train de faire des siennes, elle l’a totalement réapprivoisé, pour qu’il devienne une source de créativité. Dans le documentaire, on sent que c’est un moment charnière dans sa vie d’artistique, l’instant où elle s’est rencontrée et où elle a décidé d’être. 

Être sans concession. Être sa propre inspiration. 

Savoir pour qui et pour quoi on agit ?

“Tu n’es pas ton cancer des couilles !”, lançait Tyler Durden dans Fight Club… Tiens ! Encore une histoire de combat contre l’homme blanc cupide et manichéen ! Linn : et si tu étais une version féministe de Tyler Durden ? Et si en fait, tu préparais toi aussi un gros coup ? Une espèce de prise de pouvoir ? 

Comment le prendre ce pouvoir  ? “Nous vivons un moment tout historique et on le sent tous”, nous réponds-tu. “Les extrémistes conservateurs sont partout dans le monde. Ils gagnent du terrain. Mais nous aussi, on gagne du terrain. Il faut lutter le mieux possible. Il faut être. Et agir. Être ce que tu es. Et toujours se demander pour quoi et pour qui on agit”. 

Quoi qu’il en soit, ta bataille à toi a commencé depuis un bail comme tu le dis si bien : “Cher homme blanc macho, je n’aimerais pas à être à ta place ! Car, tout le dérangement est pour toi… mais tout le plaisir et pour moi !”   

Découvrez la Bande Annonce de « Bixa Travesty » :

 

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