La militante égyptienne retrouvée morte au Canada le 14 juin dernier a raconté en détail les conditions de sa détention dans une lettre publiée par le quotidien Libération. Un récit bouleversant sur les dérives du pouvoir en place !

Par Andrei Olariu 

La militante Sara Hegazy s’est donné la mort dans sa chambre au Canada le 14 juin dernier. Elle n’a pas supporté les sévices qui lui ont été infligés pendant son incarcération en Égypte. Son crime : avoir brandi un drapeau arc-en-ciel durant un concert l’espace de quelques instants. 

À LIRE AUSSI : Découvrez gratuitement le N°58 de votre magazine MmMensuel !

Le quotidien Libération publie aujourd’hui une lettre datant de 2018 où la jeune femme décrit son calvaire quotidien. Elle commence par son arrestation, particulièrement brutale :

« Quand j’ai été arrêtée chez moi, devant ma famille, un officier m’a posé des questions sur ma religion, demandé pourquoi je ne portais pas le voile, et si j’étais toujours vierge. (…) »

« J’ai commencé à avoir peur de tout le monde »

« On m’a fait asseoir sur une chaise, les mains attachées, et on m’a enfoncé un tissu dans la bouche sans explications. Je ne pouvais voir personne et personne ne m’a parlé. Un moment après, mon corps a eu des convulsions, et j’ai perdu connaissance, je ne sais pas pendant combien de temps. »

UNE DÉTENTION INHUMAINE

Elle va également confier les nombreuses tortures dont elle a été victime. « C’était de l’électricité. On m’a torturée à l’électricité. (…) Les hommes du commissariat de Sayeda Zeinab ont aussi incité les femmes qui y étaient à me harceler sexuellement, aussi bien physiquement que verbalement. (…) Les interrogatoires qui ont eu lieu pendant la procédure pour atteinte à la sécurité de l’État étaient d’une ignorance crasse. »

« On m’a torturée à l’électricité »

« L’homme qui m’interrogeait m’a demandé de prouver que l’Organisation mondiale de la santé (OMS) ne considère pas l’homosexualité comme une maladie. Mon avocat, maître Mohamed Fouad, a contacté l’OMS, qui lui a donné un document dans lequel l’OMS déclare que l’homosexualité n’est pas une maladie. »

UNE PEUR QUI NE LA QUITTERA PLUS

Après plusieurs semaines de détention, la jeune femme va garder des séquelles qui ne la quitteront jamais. « J’ai commencé à avoir peur de tout le monde. Même après ma sortie de prison, j’avais encore peur de tout le monde, de ma famille, de mes amis, des gens dans la rue. La peur s’est emparée de moi. J’ai eu une grave dépression, et un syndrome de stress post-traumatique ; j’ai développé une anxiété sévère et des attaques de panique. Tout cela a été traité avec des électrochocs, ce qui a causé des problèmes de mémoire. Puis j’ai dû fuir le pays, de peur d’être de nouveau arrêtée. Alors que j’étais en exil, j’ai perdu ma mère. »

Ce traumatisme la poussera à mettre fin à ses jours quelques semaines plus tard. « J’ai fait deux tentatives de suicide. Je me suis mise à bégayer – je vivais dans la terreur. J’étais incapable de quitter ma chambre. (…) Voilà la violence qui m’a été faite par l’État, avec la bénédiction d’une société « intrinsèquement religieuse ». (…) »

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici