La romancière et militante Virginie Despentes s’est fendue d’une lettre ouverte diffusée sur France Inter. Elle s’adresse sans détour à « [s]es amis blancs qui ne voient pas où est le problème » !

Par Andrei Olariu

Ce mardi 2 juin, des milliers de personnes se réunissaient devant le tribunal de grande instance de Paris. Tous réclamaient justice pour Adama Traoré, morte des suites d’une interpellation par la police en 2016.

Ce rassemblement motivé par le meurtre de George Floyd aux États-Unis a replacé les violences policières et le racisme systémique au centre du débat. Ainsi, la romancière et militante Virginie Despentes s’est fendue d’une lettre sur France Inter. Un cri du coeur adressé à « ses amis blancs qui ne voient pas où est le problème ».

« JE SUIS BLANCHE »

« En France nous ne sommes pas racistes, mais je ne me souviens pas avoir jamais vu un homme noir ministre. Pourtant j’ai cinquante ans, j’en ai vu, des gouvernements », commence-t-elle. « En France nous ne sommes pas racistes, mais dans la population carcérale les noirs et les Arabes sont surreprésentés. » Despentes continue : elle se rappelle n’avoir répondu qu’une seule fois, en vingt-cinq ans de carrière, aux questions d’un journaliste noir, ou comment, lorsqu’on lui a demandé ses papiers ou quand on a refusé de la servir en terrasse, elle était systématiquement avec un arabe.

« Je suis blanche. Je sors tous les jours de chez moi sans prendre mes papiers »

Et d’ajouter : « En France on n’est pas raciste, mais pendant le confinement les mères de famille qu’on a vues se faire taser au motif qu’elles n’avaient pas le petit papier par lequel on s’auto-autorisait à sortir étaient des femmes racisées, dans des quartiers populaires. »

« J’AI LA CHANCE D’AVOIR LE CHOIX »

Elle revient sur la manifestation et les conditions dans lesquelles Adama Traoré est décédée : « Comme si la violence ce n’était pas ce qui s’est passé le 19 juillet 2016. Comme si la violence ce n’était pas les frères de Assa Traoré emprisonnés ».

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Virginie Despentes va également s’épancher sur son privilège de personne blanche. « Je suis blanche. Je sors tous les jours de chez moi sans prendre mes papiers. Les gens comme moi c’est la carte bleue qu’on remonte chercher quand on l’a oubliée. La ville me dit tu es ici chez toi. Une blanche comme moi hors pandémie circule dans cette ville sans même remarquer où sont les policiers », écrit-elle.

« Je suis née blanche comme d’autres sont nés hommes »

« Je sais que s’ils sont trois à s’assoir sur mon dos jusqu’à m’asphyxier – au seul motif que j’ai essayé d’esquiver un contrôle de routine – on en fera toute une affaire. Je suis née blanche comme d’autres sont nés hommes. » Et de conclure : « Car le privilège, c’est avoir le choix d’y penser, ou pas. Je ne peux pas oublier que je suis une femme. Mais je peux oublier que je suis blanche. Ça, c’est être blanc. Y penser, ou ne pas y penser, selon l’humeur. En France, nous ne sommes pas racistes, mais je ne connais pas une seule personne noire ou arabe qui ait ce choix. »

DES PERSONNALITÉS EN PREMIÈRE LIGNE 

Mardi dernier, Virginie Despentes n’a pas été la seule personnalité française à manifester en honneur d’Adamé Traoré. Plusieurs artistes influents ont répondu à l’appel, à l’instar d’Aya Nakamura, Marina Foïs, Dadju ou encore Aïssa Maïga. On notera également la présence de stars ouvertement queers, comme Adèle Haenel et Eddy de Pretto, soulignant la convergence de nos luttes.

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